Nous sommes parachutistes

Nous sommes parachutistes! La passion, ça ne s’explique pas…

Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine…

12 juin 2016, 4h du matin… le sommeil ne vient pas. « We are skydivers? Nous sommes parachutistes? »

 

Un nouveau centre vient d’ouvrir à Dijon. Il s’agit d’un de ces endroits que je qualifie d’usine à tandem… Je trouve le terme assez adapté, car les baptêmes de chute libre constituent leur seule et unique activité: ils ne forment pas d’élèves, ne proposent pas de cours de perfectionnement… Dans ces centres, ils accueillent uniquement les parachutistes autonomes qui servent essentiellement à compléter des avions.

 

Je déteste ces centres, et en même temps, je les envie et les comprends tellement. Il faut savoir que le baptême de chute libre (le saut en parachute tandem) est la seule activité qui fait vivre le parachutisme et ceux qui l’enseignent. Si je prends l’exemple de ma structure, tous les frais fixes sont supportés par les baptêmes: la location des locaux, le salaires du pilote, du directeur de séance, de la secrétaire, l’électricité, etc… grâce à cela, nous parvenons à maintenir un prix de saut abordable pour les pratiquants; sans cela, le prix du saut doublerait.

 

Je déteste ces centres parce qu’ils prennent la source de revenu du parachutisme sans rien rendre, sans former de nouveaux pratiquants, de nouveaux moniteurs. Je déteste ces centres parce qu’ils incarnent à la fois l’avenir et la mort du parachutisme, ce sport auquel j’ai consacré et donné ma vie.

 

Et oui, j’avoue que je les envie, aussi. Sans élèves, le stress que j’éprouve chaque jour s’en trouverait considérablement allégé. Finis également les problèmes liés à la vie « associative »: tu fais ton boulot, tes avions, et tu rentres chez toi. Je les envie aussi parce que ça va faire 30 ans que je travaille dans le parachutisme, 15 ans que je dirige une école, et aujourd’hui encore, mon salaire ne ferait même pas rêver un plieur de voiles principales!

 

Aujourd’hui, les règles ont changé, et notre agrément école délivré par la fédération française de parachutisme ne nous protège pas de la concurrence toujours plus rude… il garantit la qualité de notre enseignement, mais à l’époque de la fast fashion et d’Amazon, qui regarde encore autre chose que le prix? 

 

Et pourtant, si c’était à refaire, je le referais encore et encore… parce que le parachutisme a nourri mon coeur et mon âme, il m’a donné confiance en moi, et m’a fait vivre tellement de bons moments.

 

Aujourd’hui et demain, nous sommes parachutistes

 

12 juin 2016, 4h du matin, j’attrape mon téléphone et rédige un post à rallonge comme je n’en écris jamais… un besoin d’écrire, un besoin de partager ces pensées… et voilà ce que ça donne:

 

« We are skydivers! »

 

J’ai lu cette phrase hier soir… Elle servait de titre à une vidéo partagée sur les réseaux sociaux… Et j’ai adoré. Puis je me suis demandé ce que ça voulait dire: « nous sommes parachutistes »…

 

Nous sommes à un virage décisif de notre sport, dans notre pays… Là où entre techniciens, nous parlions de vr ou de ff, aujourd’hui, nous parlons d’urssaf, de TVA, et de concurrence déloyale… Cette discussion était autrefois celle des dirigeants, des élus, des avionneurs… Maintenant, elle est celle des enseignants.

 

Dans un monde ou l’on n’a plus le temps d’attendre, l’avènement des souffleries est une révolution: « arrivée sur zone 15mn avant le vol, départ 19h48… Je serai à heure pour mon ciné! »

 

Il est loin le temps ou l’on passait du temps sur les paraclubs, regardant le pliage d’une réserve, lisant « le petit chaloin », ou faisant de l’analyse vidéo… Nous aurions pourtant tant à faire, les jours de pluie: combler des lacunes sous voile, discuter de sécurité… Tout ce qui nous semble évident, à nous, formateurs, alors que nous mêmes l’avons appris au cours d’une discussion informelle…

 

En parallèle, la multiplication des règles, des contraintes et l’aseptisation d’une activité telle que la nôtre va à l’encontre de ce que nous sommes, au plus profond de nous-même. Le cloisonnement d’un sport comme le notre en secteurs de vols, barriérés par des brevets de plus en plus nombreux est tellement antinomique au besoin de liberté qui nous pousse à monter dans l’avion…

 

50s d’éternité, comme le disaient tres justement de très respectables collègues… D’éternité, parce que nulle part, on ne se sent si libéré de notre condition humaine… L’exercice contre-nature de la chute libre en exutoire de nos frustrations terriennes.

Alors quand je vois que l’on sectorise le free fly, l’atmo, la trace, la track, le vr… J’ai juste envie qu’on m’explique la différence.

 

Nous sommes des parachutistes. Des gens qui franchissent la porte d’un avion en vol! Nous sommes des gens qui défient les probabilités pour se sentir en vie. Pour certains, nous comblons des carences affectives dans le défi de soi. Pour d’autres, nous libérons notre corps dans un espace où les réflexes prennent le pas sur le reste… N’être plus que sensations et actions, le temps d’une chute…

 

Nous n’acceptons pas la fatalité, mais nous choisissons les risques que nous prenons pour nous même (et uniquement pour nous-mêmes)… En cela, l’existence de brevets, de règles est (un mal) nécessaire, car nous cohabitons dans un même espace… Mais sans perdre de vue la liberté raisonnée et raisonnable à laquelle nous aspirons.

 

Nous sommes des parachutistes.

À l’époque de mes débuts, l’élite passait un brevet d’état, la qualification pac… Et aussi le tandem. C’était un temps ou enseigner en pac et voler était le but, le graal. Nos prédécesseurs faisaient du commerce pour sauter…

 

Aujourd’hui, de plus en plus de gens sautent pour faire du commerce…

 

Nous sommes des parachutistes!!!

 

Quel avenir voulons nous? Un paysage à l’image de l’Australie? Fait de centres à tandem ou seuls quelques pratiquants déjà confirmés vont pouvoir sauter? Le tout sur fond de niveau technique national en chute libre?

 

En consommant bio, on paye plus cher, mais on laisse une chance à nos sols de produire longtemps… En sautant sur des centres-école, le consommateur parachutiste en fait autant.

 

Qui formera les parachutistes de demain? Qui leur enseignera à se servir d’une aile souple?

 

N’y aura t-il que des flyers en boîte? Auront-ils le même parfum que ceux élevés en plein air, ou seront-ils aseptisés?

 

Nous sommes parachutistes…

 

… Et nous le resterons! Ici, chez nous, envers et contre toutes les contraintes que l’on nous fait subir, nous continuerons d’encourager et d’aider les futurs « Loïc Perrouin, pierre Rabuel, Cyril Colin, et Fred Nenet.. ». Nous continuerons à former les futurs « Yann Trocme, Julien briquez », Nico Hiberty…

 

Je rend hommage à ceux qui nous ont amené ici… Tous ces bénévoles, ces volontaires qui se sont impliqués, qui ont donné temps et sueur à leur passion.

 

Là encore, les temps changent… Dans une société de plus en plus individualiste, qui a le temps de s’investir pour les autres? Qui, dans notre sport, a encore envie de prendre le risque pénal, sans la moindre contrepartie? À ceux-là, je tire mon chapeau! Vous êtes l’essence, la quintessence du parachutisme.

 

Je comprends tellement bien ceux qui arrêtent l’encadrement d’élèves: quand on voit le surcoût d’un moniteur, rien que pour diriger la séance école… Quand on voit les contraintes réglementaires… Quand on connaît le stress lié à un guidage radio… Quand on voit comme il est simple de gagner plus en faisant moins…

 

Et dire que c’est la directrice technique la plus expérimentée de France, qui m’a rappelé pourquoi nous faisions ça… Pour le sourire des gens, pour ce sport, notre passion! Merci Mamie! Sans toi, je me serais perdu!

 

Alors tant pis, si la concurrence se fait rude, tant pis si nous ne sommes pas riches (et que nous ne le serons jamais)… Tant pis si d’autres récoltent le fruit de notre travail… C’est sans aigreur, et avec le sourire que nous resteront fidèles à nous même, le plus longtemps possible! Nous allons faire de la p.a.c., former des débutants, améliorer notre suivi de progression des élèves, des pratiquants, donner leur chance à de futurs moniteurs.

 

Déjà, nous formons chaque année des élèves, des futurs enseignants, des pros du para… Nous sautons pour eux, mais aussi pour nous. Un vr4 qui tourne, un free fly à 2 bien groove, une grosse trace bien tendue avec des pures courbes… Ou simplement un flare bien puissant… Nous aimons le para…

 

Parce que c’est ce que nous sommes… Nous sommes des parachutistes!

 

« This is who we are… We are skydivers! »

 

« Pensées d’insomniaque »

 

Luca

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